L'évanescence des images holographiques comme principe métaphorique de l'instabilité de l'image contemporaine du monde

Boissonnet, Philippe (2013). « L'évanescence des images holographiques comme principe métaphorique de l'instabilité de l'image contemporaine du monde » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en études et pratiques des arts.

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Résumé

Cette thèse est une mise en perspective de l'expérience perceptuelle holographique et des rapports étroits qui se tissent entre ses caractéristiques esthétiques et le contexte de la création artistique contemporaine. Bien que directement ancrée à ma propre exploration du médium holographique, cette analyse tient aussi compte de l'omniprésence du numérique et d'autres types d'images lumineuses dans notre environnement culturel. Impliquant des rapports entre perçu et percevant, la thèse aborde des questions d'ordre philosophique et cognitive qui dépassent largement les considérations de nature mimétique qui sont si traditionnellement attachées à l'holographie. L'hypothèse avancée tente alors de faire valoir comment la dimension typiquement perceptuelle de ce médium fait apparaître un champ esthétique que l'on retrouve ailleurs dans l'art actuel, alors que le regardeur est de plus en plus sensibilisé à son propre acte de mise en visibilité. L'approche de l'artiste théorisant "dans et au travers" de ses propres créations sert ainsi à interroger les moyens visuels et conceptuels qui sont mis à l'œuvre dans des pratiques affiliées à la mise en espace des images lumineuses en général. En s'appuyant sur les concepts de dualité complémentaire et de co-émergence, l'articulation théorie/pratique est construite autour d'une épistémologie considérant le réel dans son double rapport d'implication et de distanciation. Les qualités esthétiques propres à l'image holographique (évanescence, voluminosité transparente, émanation lumineuse, dynamique du regard, etc.) servent alors à souligner la nature précaire du visible lui-même, et par conséquent, l'émergence perceptive du spectateur. Corrélativement à cette compréhension du phénomène perceptuel holographique, apparaît l'importance de la désincarnation du réel en tant que qualité imaginaire de nos sociétés aux technologies dématérialisantes. L'originalité de cette thèse est alors de soutenir qu'il existe une tendance de la création artistique contemporaine qui résonne métaphoriquement avec l'esthétique holographique de l'apparition/disparition de l'image. Souvent spatialisée, diaphane ou vaporeuse, cette esthétique est de plus en plus présente dans des œuvres où le regard est placé en inachèvement constant. C'est dans ce sens que l'on remarque aujourd'hui en arts médiatiques comme au théâtre à effets de présence en trois dimensions, un regain d'intérêt pour la fragilité des apparences, les figures d'instabilité ou de fugacité du réel. Or cette sensibilité à un monde instable et fragile est apparue, dès 1992, dans mes propres œuvres par l'utilisation récurrente d'un globe terrestre gonflable jumelé à l'évanescence de l'image holographique. Cette exploration d'une image du monde se (dé)construisant au fur et à mesure qu'on le regarde, ou toujours sur le seuil d'une disparition, m'a poussé à interroger la conception du monde pouvant être sous-jacente à ce type d'imagerie. Alors qu'en holographie la perception de l'image semble toujours se dérober à notre désir de saisie précise des choses, c'est plutôt une impression inverse qui émerge des procédés du flux numérique : celui d'un grand contrôle. J'ai donc conçu une forme dialectique de représentation du monde en tant que planète (via la vision satellitaire). Ainsi, l'holographie sert à l'expression d'une inquiétante fugacité des apparences du monde, l'exploration interactive des images de Google Earth tend à faire ressortir notre besoin d'hyper contrôle de la réalité. Dans le premier cas (partie holographique de l'installation), le regard doit s'abandonner au flou et à l'incertain de la pure diffraction de lumière; dans l'autre (vidéo interactive), le désir d'omnivision implicites à l'outil numérique de Google est questionné dans sa supposée puissance. Cette recherche-création est donc une volonté de souligner la double forme d'appréhension perceptive du monde dans laquelle nous évoluons aujourd'hui : d' une part, le constat fatal de l'inaccessibilité de cette réalité (relative à notre capacité cognitive), et d'autre part, l'illusion de puissance sur le réel (tout voir, de n'importe où, n'importe quand). La conscience des limites : Dédale/Icare est un diptyque où se combinent les deux sortes de regard que l'on pose dorénavant sur le monde : centré (impliqué) et décentré (distancié). Une installation où le spectateur doit savoir risquer de perdre un peu ses certitudes face à ce qu'il croit savoir du monde. C'est ainsi que les deux parties du diptyque sont reliées par un faux hologramme de pure lumière et de transparence, rappelant que « la circonférence [du visible] est nulle part car le centre [de notre perception] est partout ». En conclusion, la thèse suggère que notre époque est déjà métaphoriquement entrée dans le régime d'une esthétique holographique des images qui, en outrepassant la technologie optique elle-même, est en train de devenir une forme symbolique de l'inachèvement du regard caractérisant notre conception actuelle du monde. ______________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : holographie, installation, lumière, image évanescente, art du perceptuel, représentation spatiale, Terre

Type: Thèse ou essai doctoral accepté ()
Informations complémentaires: La thèse a été numérisée telle que transmise par l'auteur. Lien vers un extrait vidéo de l'installation : http://vimeo.com/36232682
Directeur de thèse: Poissant, Louise
Mots-clés ou Sujets: Création artistique, Esthétique, Holographie, Image numérique, Installation d'art, Perception spatiale, Perception visuelle, Terre (Planète)
Unité d'appartenance: Faculté des arts
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 03 oct. 2014 17:46
Dernière modification: 01 nov. 2014 02:29
Adresse URL : http://www.archipel.uqam.ca/id/eprint/6200

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