Donner la parole aux autochtones : quel est le potentiel de reconnaissance de l'exposition à plusieurs points de vue dans les musées?

Soulier, Virginie (2013). « Donner la parole aux autochtones : quel est le potentiel de reconnaissance de l'exposition à plusieurs points de vue dans les musées? » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en muséologie, médiation, patrimoine.

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Résumé

Depuis la fin des années 1980, les collaborations avec les communautés autochtones semblent s'accroître dans les musées canadiens. Un déplacement apparaît de la prise de parole en contexte de revendication au don de parole en contexte muséal. Après la remise en cause des musées ethnologiques, la prise en charge de la parole autochtone annonce le temps de la reconnaissance. Seulement, le mot reconnaissance est employé dans des contextes variés au sein du milieu muséal. Ses occurrences indiquent plusieurs sens, dérivés de la volonté de redonner dignité et respect aux peuples autochtones et de produire des expositions qui présentent leur patrimoine d'origine à la lumière de leurs points de vue. Selon une approche communicationnelle, notre travail interroge les liens entre les modalités polyphoniques et de reconnaissance du média exposition. Nous avons tenté d'identifier puis de comprendre les processus induits et générés par le système tant interactionnel qu'intertextuel de l'exposition. Le système polyphonique est conceptualisé en trois moments de médiation dans les espaces de production et de réception de l'exposition : la prise en compte, la monstration et l'interprétation des points de vue autochtones. Ils correspondent aux intentions des concepteurs-muséographes et des expositions, puis à la manière dont elles sont interprétées par les visiteurs. Nous avons réalisé quatre enquêtes de terrain dans onze musées à travers le Canada : observation participante; entretiens individuels auprès de professionnels des musées; analyse de discours; entretiens de groupes auprès de visiteurs autochtones et allochtones. Nous avons examiné les pratiques collaboratives et croisé ces quatre formes de discours des musées afin de mettre à l'épreuve le potentiel de reconnaissance des expositions qui tiennent compte des points de vue des représentants autochtones. Il résulte que la patrimonialisation est conçue en tant que processus de reconnaissance. Un parcours de reconnaissance en trois paliers est identifié dans les intentions des professionnels des musées. Il concerne le patrimoine autochtone, les publics et les peuples autochtones d'hier, d'aujourd'hui et de demain. Plus spécifiquement, ce dernier palier convoite la reconnaissance culturelle et mutuelle des peuples. La reconnaissance est générée par les logiques de don, d'identité et de stigmatisation. De plus, la mémoire du patrimoine autochtone indique que ce phénomène est permanent et qu'il a notamment émergé lors de l'expansion de la colonisation au Canada. Il apparaît que les intentions constitutives des expositions montrent moins des possibilités que des limites de reconnaissance. En effet, nous discernons dans les discours d'expositions des faces cachées. L'analyse de la prise de distance du concepteur-muséographe vis-à-vis de son propre point de vue et de celui des autochtones souligne plusieurs rapports et distinctions entre l'autorité de discours et l'auctorialité. Nous différencions trois formes de monstration du point de vue autochtone inscrit dans le discours expositionnel : focalisations interne, externe et mixte. Malgré les divergences entre les intentions explicitées par les professionnels et leurs intentions implicites dans les expositions, les discours des visiteurs autochtones et allochtones traduisent un contrat de reconnaissance entre le musée et les visiteurs. Le point de vue autochtone est apprécié, car il renvoie à un imaginaire. Il demeure toutefois conditionné à la présence du discours du conservateur qui présente une perspective plus objective et descriptive. Les différentes instances auctoriales des registres sémiotiques sont en partie identifiées par l'ensemble des visiteurs observés. Les visiteurs autochtones réalisent des opérations de reconnaissance plus diversifiées que celles des visiteurs allochtones, notamment en ce qui concerne la mémoire. Ainsi, le principe polyphonique et ses formes de reconnaissance sont mis en évidence dans les espaces communicationnels des expositions produites en collaboration. Notre recherche révèle plusieurs modalités de reconnaissance manifestes dans la combinaison et l'entrecroisement des voix autochtones avec celles des praticiens. Cet essai d'interprétation met au jour des conflits d'ordre patrimonial et socio-historique qui engendrent des mécanismes de régulation par assimilation/accommodation. Il décèle deux logiques fondamentales relatives à l'identité et à la mémoire dans la polysémie du mot reconnaissance en muséologie. De ces adaptations mises en œuvre par les musées ressort un phénomène permanent de reconnaissance amorcé depuis la colonisation des territoires autochtones, mais aussi des dissonances entre les intentions des professionnels et celles des expositions. La recherche suggère finalement d'envisager le musée comme lieu de reconnaissance non seulement du patrimoine, mais aussi des publics et des peuples donateurs et donataires du patrimoine. ______________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : sciences de l'information et de la communication, muséologie, médiation culturelle, musée, exposition plurivocale, autochtone, patrimoine ethnologique, témoin, récit, nouvelles muséologies, muséologies sociales, muséologie participative, muséalisation, décolonisation, patrimonialisation, point de vue, polyphonie, reconnaissance, identité, mémoire.

Type: Thèse ou essai doctoral accepté ()
Informations complémentaires: La thèse a été numérisée telle que transmise par l'auteur.
Directeur de thèse: Meunier, Anik
Mots-clés ou Sujets: Autochtones -- Musées -- Canada / Musées et Indiens d'Amérique / Objets exposés / Biens culturels / Ethnologie -- Musées et collections / Reconnaissance (Philosophie) / Autochtones -- Attitudes / Muséologie
Unité d'appartenance: Faculté de communication
Faculté des arts > Département d'histoire de l'art
Faculté des sciences de l'éducation > Département d'éducation et formation spécialisées
Faculté des sciences de l'éducation > Département d'éducation et pédagogie
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 07 avr. 2016 18:48
Dernière modification: 07 avr. 2016 18:48
Adresse URL : http://www.archipel.uqam.ca/id/eprint/8088

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