Esthétique des flux (après le numérique)

Chatonsky, Grégory Maxime (2016). « Esthétique des flux (après le numérique) » Thèse. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Doctorat en études et pratiques des arts.

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Résumé

Si l'usage quotidien de la notion de « flux » s'applique à des contextes aussi différents que l'écologie, l'immigration, l'énergie, la finance, le numérique, sa définition est malaisée. Reste le sentiment confus d'un excès, d'une urgence qui semble nous mettre en danger et risquer de nous submerger. Une analyse historiale des flux en démontrent l'importance dans la fondation pratique et idéologique de la civilisation occidentale. Un fil conducteur peut être tracé des Égyptiens jusqu'au seuil de la modernité par lequel se dessine une certaine « histoire » des flux qui entrecroisent la nature, le corps et la technique. À chaque époque, ces champs entrent en dialogue selon des proportions et des forces qui déterminent l'esprit d'un temps. À travers ce fil, les flux apparaissent à la fois comme puissants et faibles, excessifs et en défaut, ils peuvent nous excéder, mais venir aussi à manquer. La mise en scène du danger est ambivalente et elle traverse la physis antique par Lucrèce qui offre, avec la théorie du clinamen, une pensée décisive qui sera ensuite occultée par la physique mécanique. La séquence classique sera celle des corps incisés par la saignée et par la Passion du Christ, jusqu'à l'apparition des esprits animaux et de la zootechnique qui ouvrira la modernité industrielle et son organisation technique du monde. Un principe d'équivalence générale prendra la forme de l'énergie et de l'argent qui seront en même temps une manière de limiter les turbulences fluxionnelles et de les déchaîner. Une nouvelle époque s'ouvre avec l'invention de l'informatique. Elle semble rassembler la nature, le corps et la technique par une « boîte noire », véritable machine universelle qui transforme les flux en données si rapidement divisées qu'elles deviennent insensibles. Un monde codé et variable voit le jour, il est en réseau et parcourt les individus en utilisant des protocoles. L'incident révèle la puissance tumultueuse des influx, des afflux et des reflux qui à tout moment peuvent s'arrêter selon un tempo définissant une esthétique des flux : au moment même où nous sentons, quelque chose se retire. Cette esthétique est à l'œuvre dans Capture, un groupe de rock fictif si productif que personne ne peut tout écouter. En accélérant les flux productifs de la société de consommation, Capture excède nos capacités et montre combien notre monde en réseau est aussi celui dans lequel la mémoire des anonymes est l'objet d'une capture automatique en vue de nourrir les machines. La machine solitaire qu'est Capture rejoint la fêlure de notre perception et ouvre la possibilité d'une indiscernabilité entre l'être humain et la machine. Pour sa part, Télofossiles adopte la lenteur des flux jusqu'à l'extinction probable de l'espèce humaine. Elle constitue une spéculation sur un champ de fouilles de notre contemporanéité. Que restera-t-il de ce que nous avons été? La terre deviendra le cercueil de nos déchets exhibant la dislocation qui est à l'œuvre dans toute technicité et qui effondrant l'ensemble du réseau de renvois instrumentaux montre que la contingence est déjà à l'œuvre. Les flux sont alors la source d'une critique de la métaphysique sur lesquels ne règnent nul principe supérieur ou extérieur. C'est une « autre » ontologie que l'Occident ne cessa de différer et dont le nom pourrait être l'« ahumain ». Il n'y a plus que les turbulences balayant une surface dont nous sommes absents. Les flux reconfigurent l'esthétique comme ce qui est posé sans nous sur une planète revenue à sa minéralité originaire. ______________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : Anthropocène, accélérationnisme, art génératif, capitalisme, clinamen, culture populaire, fin du monde, flux, fossile, industrie culturelle, Internet, matérialisme, néant, netart, numérique, ontologie, postdigital, réalisme spéculatif.

Type: Thèse ou essai doctoral accepté ()
Informations complémentaires: La thèse a été numérisée telle que transmise par l'auteur.
Directeur de thèse: Poissant, Louise
Mots-clés ou Sujets: Flux / Mouvement dans l'art / Art génératif / Art Web / Esthétique / Ontologie / Mémoires et thèses de création
Unité d'appartenance: Faculté des arts
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 08 sept. 2016 12:47
Dernière modification: 22 sept. 2016 14:04
Adresse URL : http://www.archipel.uqam.ca/id/eprint/8812

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