Les mécanismes impliqués dans la segmentation des mots lors de l'acquisition langagière : le cas de la liaison en français

Babineau, Mireille (2016). « Les mécanismes impliqués dans la segmentation des mots lors de l'acquisition langagière : le cas de la liaison en français » Thèse. Montréal, Québec, Université du Québec à Montréal, Doctorat en psychologie.

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Résumé

Cette thèse examine les mécanismes utilisés lors de la segmentation de la parole et la manière dont les enfants et les adultes francophones résolvent l'ambiguïté lexicale. De nombreuses études ont démontré que les bébés utilisent différents indices de segmentation, tels que les indices statistiques, phonotactiques et acoustiques (Curtin, Mintz, et Byrd, 2001; Jusczyk, Houston, et Newsome, 1999; Mattys et Jusczyk, 2001a; Saffran, Aslin, et Newport, 1996; Shi, Cutler, Werker, et Cruickshank, 2006; Shi et Lepage, 2008). Les adultes sont aussi sensibles à divers indices statistiques, phonotactiques et prosodiques (par ex., Saffran, Newport et Aslin, 1996). Dans la présente thèse, nous nous sommes particulièrement intéressées à la forme lexicale encodée lorsqu'un pseudo-nom à voyelle initiale est présenté dans un ou plusieurs contextes de non-alignement (liaison; enchaînement). Le non alignement de la frontière du mot et de la syllabe en lien avec la liaison (par ex., les amis-> [le.zami]) peut poser un défi important pour la segmentation. L'étude du traitement de la liaison permet de déterminer le poids des différents indices de segmentation. Elle permet également de rendre compte des divers mécanismes favorisés par le système cognitif au fil du développement. Nous avons tout d'abord investigué les indices de segmentation utilisés par les adultes francophones. Nos résultats démontrent que l'utilisation des indices acoustiques distinguant les contextes de liaison (par ex., les beaux/z/inveurs) de ceux impliquant un mot à consonne initiale (par ex., les beaux zinveurs) est contrainte par le contexte syntaxique (c.-à-d. suite aux mots de contenu, mais pas suite aux mots de fonction tel que ces onches versus ces zonches). Ces résultats concordent avec le modèle hiérarchique proposé par Mattys, Laurence et Melhorn (2005) selon lequel les auditeurs favorisent les indices de type descendant au détriment des indices ascendants. Afin d'investiguer la forme lexicale encodée par les jeunes enfants, nous avons utilisé la procédure de regard préférentiel. Une série d'expériences perceptuelles a permis d'investiguer si la forme à voyelle initiale d'un pseudo-mot pouvaient être inférée à partir de contextes variables (par ex., ces/z/onches, un/n/onche, petit/t/onche, premier/r/onche). Nos résultats indiquent que vers l'âge de 24 mois les enfants apprennent à utiliser les indices statistiques sous-syllabiques à partir de contextes variables de liaison, ce qui leur permet d'acquérir une connaissance quant aux consonnes de liaison. Ils arrivent donc à extraire la forme à voyelle initiale, malgré la forme de surface à consonne initiale. De plus, les consonnes pouvant être utilisées comme des unités statistiques sous-syllabiques sont toujours limitées aux consonnes de liaison, excluant la possibilité que des paires minimales (par ex., chonche, guonche, ponche, vonche) puissent être erronément segmentées et liées entre elles. Les enfants de 20 mois n'ont pas encore développé cette sensibilité aux indices statistiques sous-syllabiques, étant plutôt dominés par le biais d'alignement syllabique. Une autre série d'expériences perceptuelles a examiné les biais de segmentation des enfants de 14 à 36 mois. Face à un cas potentiel de liaison (par ex., ces /z/onches), la contribution des différents indices de segmentation et la dominance de certaines contraintes et biais déterminent la forme lexicale encodée. Les enfants de 14 et 24 mois ont interprété la consonne de liaison comme l'initiale du Mot 2 (par ex., zonche) en suivant le biais d'alignement syllabique. Après avoir appris à segmenter la consonne de liaison /z/ en utilisant les indices statistiques sous-syllabiques, une interprétation à voyelle-initiale a été observée vers l'âge de 30 mois, un biais que nous avons également retrouvé chez les adultes lorsqu'un déterminant (c.-à-d. un mot de fonction) précédait un pseudo-mot. Nous nous sommes par la suite intéressées à la nature exacte des connaissances du phénomène de liaison chez les enfants de 30 et 36 mois en employant un cas non ambigu (par ex., un zonche). Les résultats suggèrent que vers l'âge de 30 mois, les enfants ont acquis certaines connaissances en lien avec le phénomène de liaison (c.-à-d. le /z/ fait rarement partie de l'initial d'un mot (par ex., zébre), donc il est un élément indépendant du Mot 2 (par ex., /z/avions)) et qu'ils utilisent ces connaissances pour traiter les formes lexicales de nouveaux mots. Les enfants de 36 mois commencent à être attentifs à la relation entre le Mot 1 et sa consonne de liaison, ce qui engendre parfois une interprétation exacte (par ex., segmenter zonche à partir de un zonche). Toutefois, la relation n'est pas pleinement acquise, ce qui engendre aussi une interprétation erronée (par ex., onche). Les résultats de cette thèse permettent de mettre en lumière la manière dont les adultes et les enfants âgés entre 14 et 36 mois résolvent le conflit entre les divers mécanismes et biais de segmentation. Par ailleurs, dans une analyse du discours de parents québécois, nous avons démontré que les enfants en bas âge sont exposés à une haute variabilité dans la forme que peut prendre un même mot à voyelle initiale (par ex., lavion, navion, zavion). Cette variabilité est disponible à court terme (c.-à-d. lors d'une même conversation), ce qui permet aux enfants de développer éventuellement une sensibilité aux régularités sous-jacentes au phénomène de liaison. _____________________________________________________________________________ MOTS-CLÉS DE L’AUTEUR : Segmentation de la parole, mécanisme d'apprentissage, acquisition du langage, connaissances descendantes, contraintes, liaison

Type: Thèse ou essai doctoral accepté ()
Informations complémentaires: La thèse a été numérisée telle que transmise par l'auteur.
Directeur de thèse: Shi, Rushen
Mots-clés ou Sujets: Segmentation (Linguistique) / Reconnaissance des mots / Français (Langue) -- Prononciation / Français (Langue) -- Acquisition
Unité d'appartenance: Faculté des sciences humaines > Département de psychologie
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 24 févr. 2017 14:17
Dernière modification: 24 févr. 2017 14:17
Adresse URL : http://www.archipel.uqam.ca/id/eprint/9367

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