La suppression de l'accent circonflexe préconisée par les rectifications orthographiques de 1990

Sicotte, Diane (2011). « La suppression de l'accent circonflexe préconisée par les rectifications orthographiques de 1990 » Mémoire. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Maîtrise en linguistique.

Fichier(s) associé(s) à ce document :
[img]
Prévisualisation
PDF
Télécharger (2MB)

Résumé

Sur une période de quelque cent ans débutant à la fin du XIXe siècle, différentes interventions du gouvernement français et des propositions de réforme ont visé à modifier l'orthographe du français, notamment l'emploi de l'accent circonflexe. En 1990, le Conseil supérieur de la langue française (France), organisme nouvellement créé par le premier ministre français pour proposer des rectifications à l'orthographe, recommande de le supprimer sur le i et le u, ce qui entraînera de vives réactions d'opposition. Quelque vingt ans après la diffusion du rapport du Conseil, on constate une forte résistance des dictionnaires à intégrer la variante sans accent circonflexe introduite par les rectifications de 1990. Différentes théories fournissent des éléments d'explication pour tenter de comprendre une telle résistance. Dans le présent mémoire, nous avons d'abord décrit les principales théories structuralistes sur le système graphique du français et le rôle qu'elles attribuent à l'accent circonflexe. La théorie de Thimonnier, celle Blanche-Benveniste et Chervel, et celle de Catach et du groupe HESO font des constats similaires sur l'inadéquation de l'alphabet latin pour transcrire tous les phonèmes du français, sur l'éloignement d'une langue écrite relativement stable par rapport à une langue orale en évolution et sur l'instabilité en synchronie du mot phonique. Ces théories se distinguent néanmoins par les principes de base qui assureraient la cohérence du système orthographique qu'elles décrivent (morphologique, idéographique ou phonétique) et par les solutions qu'elles mettent de l'avant. Le survol historique des interventions gouvernementales et des propositions de modifications à l'orthographe qui touchent l'accent circonflexe entre 1889 et 1989 nous a permis de voir que, mis à part l'approche de type analogique de Thimonnier, ce sont essentiellement les principes phonétique et distinctif qui ont inspiré les réformateurs de cette époque. Cependant, lorsque le premier ministre crée le Conseil supérieur de la langue française en 1989, un certain consensus s'est établi dans le milieu de réformateurs pour supprimer totalement l'accent circonflexe, même lorsqu'il permet de distinguer des homonymes. Le Conseil ne retiendra sa suppression que sur le i et le u. Cette recommandation, assortie d'une série d'exceptions, provoquera de vives réactions et contribuera à faire de l'accent circonflexe l'icône de l'opposition aux changements orthographiques de 1990. La résistance à la suppression de l'accent circonflexe se manifeste particulièrement dans le traitement que font les dictionnaires de la variante sans accent circonflexe introduite par les rectifications de 1990. C'est ce que nous pensons avoir démontré en réalisant un examen détaillé à partir d'un corpus de 21 dictionnaires de tous types dans leur édition la plus récente, incluant tous les dictionnaires qui sont reconnus comme ayant intégré les rectifications de l'orthographe dans leur nomenclature. Il ressort notamment de cette analyse que dix de ces dictionnaires, y compris la gamme des dictionnaires de langue du Robert, les principaux dictionnaires Larousse, le Trésor de la langue française et le Grand dictionnaire terminologique, ne font aucune place dans leurs articles à la variante sans accent circonflexe. La grande confusion qui règne dans la conjugaison des verbes visés par la suppression de l'accent circonflexe, en particulier celle du verbe croître, est un autre indice de résistance. Quelques théories explicatives peuvent contribuer à la compréhension de ce phénomène. Ainsi, on invoque le caractère spontané du code écrit mis au point au fil du temps et la régularité graphotactique de l'accent circonflexe. La haute fréquence de plusieurs mots visés par la suppression de l'accent circonflexe, en particulier des mots comportant le digramme aî, est confirmée dans une échelle de fréquence récente. Enfin, des analyses sociolinguistiques démontrent que la maîtrise de l'emploi de l'accent circonflexe a une valeur sociale. Notre examen des dictionnaires a démontré que la résistance à la suppression de l'accent circonflexe préconisée par les rectifications de l'orthographe de 1990 a contribué à augmenter la variation graphique et les contradictions entre les dictionnaires, ce que le Conseil supérieur de la langue française avait eu pour mandat de limiter. Vingt ans après son introduction, il semble bien que la variante sans accent circonflexe n'a pas réussi l'épreuve du temps.

Type: Mémoire accepté
Informations complémentaires: Le mémoire a été numérisé tel que transmis par l'auteur.
Directeur de thèse: Piron, Sophie
Mots-clés ou Sujets: Accent circonflexe / Français (Langue) -- Accents et accentuation / Réforme de l'orthographe / Analyse de contenu / Français (Langue) -- Dictionnaires
Unité d'appartenance: Faculté des sciences humaines > Département de linguistique
Déposé par: Service des bibliothèques
Date de dépôt: 27 mars 2017 14:10
Dernière modification: 27 mars 2017 14:10
Adresse URL : http://www.archipel.uqam.ca/id/eprint/9497

Statistiques

Voir les statistiques sur cinq ans...